
Le destin de Manuel Jimenez, dit Chicuelo II, est intimement lié à la piste nîmoise. La ville aux crocodiles s’est peu à peu enamourée de ce petit maestro à la technique vive et un peu brouillonne, mais toujours surprenante et parfois éblouissante. L’année 1959 voit triompher Chicuelo aux arènes de Nîmes. Un groupe d’amateurs, transcendé par le travail du nain basque, décide de créer un club à son nom. C’est l’acte de naissance de los Chicuelo.
Chicualo II était très énergique, au physique ingrat et surtout, ce qui le caractérisé le plus, de petite taille. Ses 1 mètre 62 et ses bras de poupons lui interdisaient la grâce et l’élégance d’un Belmonte, grand matador de son temps. En revanche, son art de lier les passes faisait sa spécificité. Contrairement à la légende, il n’est pas à l’origine de la fameuse chicuelina, passe d’ornement inutile, faisant transpirer l’opérette dans la tauromachie. Cette invention est due à Chicuelo, torero espagnol du début XX siècle, issu d’une modeste famille de matador, mais sans lien de parenté avec notre homme. Il n’empêche que Chicuelo II fut le torero du paraître et des paillettes, héritier de la tauromachie spectacle du XIX siècle.
Sa fin subite, en Jamaïque, carbonisé par la carlingue de son avion accidenté, renforce la dimension tragique de sa destinée. Il avait pourtant tant de fois croisé la mort, tant de fois évité de peu de se faire éventrer par les cornes d’un fauve. Les multiples raclées, qu’il subissait, semblaient être la conséquence de ses insuffisances techniques. Certains y voyaient même un culte au hasard et à la chance, voire une provocation envers les bêtes et envers le public. L’absence de construction et de réflexion ne lui ont pas permis d’avoir une carrière brillante, rectiligne et prévisible. La sienne fut populaire et sinusoïdale. C’est un torero de son temps, un James Dean de la cape, avide de gloire, de fleurs et de reconnaissances.
Nous sommes tributaires de sa mémoire, aussi bien que du culte rendu à sa personne dans la Rome française. Soyons fier de sa carrière et fidèle à sa personne sans occulter les pages moins glorieuses.