mercredi 1 septembre 2010

Pepe aux fourneaux.


Les férias seraient peu de chose sans la paëlla. Ce plat sacré valencien a rapidement colonisé toutes les tables, détrônant même en plein cœur de la Camargue, la très renommée Gardianne. Ce hold-up gastronomique ne serait pas si grave, si tous les restaurants proposaient une paëlla de qualité. Que nenni. La plupart des casitas et autres tavernes servent un assemblage monstrueux et sec, cuit et recuit durant des heures voire des jours.

Comme prévu lors de notre dernier rendez-vous, j’ai décidé de consulter le plus andalou des nîmois, j’ai nommé Pepe LINARES. Aussi habile à la guitare qu’au fourneau, la pythie de la rue Fresque m’a dévoilé sa partition gastronomique. C’est en exclusivité, pour le Chuicuelettré, que le Paul Bocuse du Flamenco a décidé de révéler son secret pour réussir une bonne paëlla de féria. Un plat de partage qui peut, bien sûr, se préparer pour toutes les autres occasions.

Mets de fête, la paëlla du grand chef est composée d’une constellation de produits, dont il important de bien choisir la qualité et l’origine. En outre, le « don Saluste » de la Guitare, dans sa belle générosité, teinté d’un zeste de folie des grandeurs nous propose une recette pour cinquante personnes. Adieu les petits dîners-bridge entre amis. Bonjour les grands banquets républicains. Avec Pepe on voit tout en grand.

Mais, avant toute chose, faites l’acquisition d’une grande poêle, car l’objet, qui a donné son nom à cette spécialité planétaire, est sans nul doute la base de la réussite de votre recette.

Ingrédients :

100 petits morceaux de poulet de chez Courbier des Halles de Nîmes, bien sûr
2 lapins « regulares » de Courbier également
1 kilo et demi de supions ou de la seiche en petits morceaux de chez Boulet Marée (pas de poulpe, surtout pas)
6 poivrons verts et 2 poivrons rouges
3 kilos de moules
100 petites gambas
3 kilos d’ haricots verts même congelés (on en trouve pas toute l’année)
5 boites de un kilo de tomates pelées de chez Carrefour Cité
3 litres d’huile normale (tournesol de préférence)
½ litre d’huile d’« Olivia Ruiz » (ça fait gras toute cette huile)
10 citrons jaunes
1 kilo de « costillons » de porc coupé en petits morceaux
7 kilos du riz long doré si possible
3 oignons, ail, persil, laurier
2 paquets de colorant « riz d’or spigo » ou similaire
du sel et poivre du moulin

Préparation :

Hachez finement l’ail et le persil et mélangez-les aux tomates. Faites revenir le tout dans de la bonne huile d’«Olivia Ruiz ». Par la suite, dans une autre poêle, faites dorer chacune des viandes séparément (réserver à chaque fois). Remettez tous les ingrédients déjà dorés dans la poêle. Salez, poivrez, puis ajoutez le laurier. Versez 2 ou 3 casseroles d’eau bien chaude. Faites alors démarrer le feu jusqu’à ébullition, avant de réduire pour rajouter les fruits de mer. Laissez mijoter 1/2 heure ainsi. Au bout de laps de temps durant lequel vous pouvez boire une anisette, rajoutez le riz et les légumes. Laissez cuire environ 10 mn. Arrêtez le feu et laisser quelques minutes de plus pour que le riz gonfle dans le reste de liquide. Servez le tout très chaud au rythme des castagnettes, arrosé, comme il se doit, d’un délicieux rosé, des Costières de Nîmes.

de l'importance du bovin d'Afrique noire....


La tauromachie mène à tout, même à l’ethnographie. Surprise. Le musée des Cultures Taurines a décidé de nous étonner et d’en choquer certains, en choisissant le thème de la nouvelle exposition qui a démarrée le 13 mai dernier. Il faut dire que lier tauromachie et arts africains est un peu osé, voire abracadabrantesque. Ce serait trop vite oublier que le fait taurin, à travers les âges et les continents a toujours eu un caractère sacré. L’Afrique noire a bel et bien sa propre mythologie faite de sang et de cornes. L’Homme africain, a, parallèlement, ses propres jeux rituels taurins.

L’exemple de la « zébumachie » est intéressant. Cet affrontement à main nue entre un lutteur et un zébu, dans une arène de bois, n’a ni vainqueur, ni vaincu. Cette tradition malgache a pour but de faire ressortir la bestialité des hommes, alors que la bête est humanisée, créant ainsi une certaine fraternité spirituelle entre les deux adversaires éphémères. C’est cette démarche zoomorphique qu’inconsciemment les aficionados recherchent dans la tauromachie espagnole.

Plus généralement, cette exposition prouve que le culte du taureau est un fil rouge ethnologique, présent dans un grand nombre de civilisations, sous des formes les plus variées. Gigantesques à Babylone, déifiés à Athènes, « buffalo-billisés » aux Etats-Unis d’Amérique, les taureaux sacrés d’Afrique sont toujours représentés dans des formes les plus épurées, les plus stylisées. On peut alors imaginer pourquoi, Pablo Picasso et les grands noms du mouvement cubiste s’en sont largement inspirés dans leurs toiles et leurs sculptures. Ce sont d’ailleurs ces mêmes artistes qui ont utilisé l’imaginaire de la tauromachie pour créer.

Je me souviens qu’un ancien président de la République s’était battu pour populariser ces arts, dits premiers, et les faire entrer, avec leur fabuleux cortège de masques, de statues, de trophées et d’ossements, au Musée du Louvre, puis au Musée du Quai Branly. C’est donc un hommage indirect à tous ceux, depuis Claude Levi Strauss, qui ont souhaité révéler au monde entier l’importance et la pertinence de ces arts.

Ainsi, avec cette exposition, le Conservateur du Musée des Cultures taurines, qui suit, en parallèle, les destinées du Musée du Vieux Nîmes a su assouvir notre soif de curiosité et donc épanouir notre esprit de tolérance, cher au grand Voltaire. Une valeur souvent absente du système de pensée des opposants à la tauromachie.

Je sais que certains puristes ont fulminé en voyant travesti leur sanctuaire taurin de colifichets africains. Ceux-là même qui se réjouissent que la tauromachie s’exporte enfin en Asie, à Dubaï……..Cette exposition ne devrait pourtant pas faire pschitt. Vous avez jusqu’au dimanche 31 octobre 2010 pour l’admirer.

mardi 16 mars 2010

La vedette de la gastronomie camarguaise

Les amateurs de taureau, l’aiment aussi dans leur assiette et la gardianne semble être l’alpha et l’oméga de toute fête taurine. Alors que les beaux jours arrivent, la valse des rendez-vous festifs reprend son rythme : tienta, fiesta campera, festival, féria…Ainsi, nous allons pouvoir enfin assouvir notre soif insatiable de partage au cours de ripailles bien arrosées. Toutefois, bien souvent, la fameuse gardianne, plat national camarguais, s’assimile, au mieux à une bouillie infâme, au pire à un coup de kärcher dans l’intestin. Pour en finir avec l’assassinat gastronomique que certains nous imposent, j’ai demandé à Jean LAFFONT, manadier, de nous présenter sa manière d’accommoder la viande de taureau. Il nous expose une recette innovante et surprenante, loin de la soupe servie dans les baraques à fric de la Féria.

« Coupez en morceau, de 4 X 5 cm environ, de la viande de taureau ou de bœuf de Camargue. La pointe de l’épaule convient parfaitement. Mais surtout pas de jarret, ni de la gîte, qui sont des parties trop sèches. Faites les ensuite revenir à feu très vif, à l’huile d’olive, avec des carottes coupées en long et des oignons hachés. Quand les morceaux sont dorés, baisser le feu au minimum. Rajoutez, alors, un bouquet garni et une peau d’orange. Couvrez et laissez mijoter pendant 4 à 5 heures, en surveillant. Si, pour une raison quelconque, la viande et les légumes n’avaient pas rendus assez de liquide, rajouter parcimonieusement un peu de vin rouge. L’objectif de la démarche est de créer un plat dans lequel la viande garde toute son authenticité et son goût. Ainsi, vous n’obtiendrez pas une variété vineuse du pot-au-feu, telle qu’on peut la manger dans la presque totalité des restaurants. On peut remplacer le taureau par de la joue de bœuf de Camargue. C’est peut-être meilleur. »

Servez accompagné de riz de Camargue ou de pâtes fraîches, le tout arrosé d’un bon vin de Costières de Nîmes.

vendredi 8 janvier 2010

Hommage à Philippe SEGUIN


Quelle tristesse que d’apprendre la mort inattendue de Philippe SEGUIN, homme politique atypique, héritier du gaullisme social et d’une certaine idée de la France.

C’est une voix forte qui s’est éteinte, celle d’un homme qui a su donner corps aux valeurs fondamentales de notre République et qui ne transigeait pas sur les questions essentielles qui fondent l’unité de notre Nation.

Sa carrière, dans l’administration et dans l’arène politique, fut toujours guidée par une insolente indépendance d’esprit, qui doit être, à mon sens un exemple à suivre pour tout un chacun.

Je n’oublie pas aussi que c’est lui, par ses nobles propos, ses coups de gueule, ses discours enflammés, qui m’a fait aimer la chose publique.

Ancien élève, comme moi, du Lycée Alphonse Daudet de Nîmes et de l’Institut Politique d’Aix en Provence, son parcours a toujours été un exemple pour moi.

Ce grognard de la politique va sans nul doute nous manquer.

vendredi 18 décembre 2009

20 ans de Flamenco à Nîmes


Nîmes, ville au fort accent ibérique, n’est pas espagnole qu’à travers sa relation privilégiée avec l’univers de la tauromachie. Le flamenco fait partie de notre culture et le festival que la ville et le théâtre de Nîmes organisent, semble être le rendez-vous privilégié des aficionados de cet art.

Au cœur de l’hiver, depuis exactement 20 ans, la cité accueille des guitares et des castagnettes, des chanteurs et des danseurs, des gitans et des andalous, créant ainsi une ambiance chaleureuse et créative, unique en France. Le festival, dont la renommée est internationale, rassemble chaque année des artistes de qualité allant des grandes figures, aux talents plus méconnus.

Pour ce vingtième anniversaire, la programmation est encore une fois remarquable et annonce une fête réussie, dans les lieux officiels, comme dans les endroits plus informels. Au théâtre de Nîmes, à l’Odéon et à la Cour d’Appel, mais aussi dans les bars et les restaurants, les amoureux du flamenco pourront vibrer au son de voix si particulières, comme notamment celle du nîmois Pepe Linares.

Que la fête commence et comme dirait la Fourmi à la Cigale dans la fable de la Fontaine : « Eh bien ! Dansez maintenant. ».

jeudi 28 mai 2009

La Chapelle de l'Amphithéâtre romain


A l’instar d’une corrida, la chapelle des Arènes de Nîmes a eu trois temps. Ce tercio, aux accents religieux, a paradoxalement débuté sous une municipalité communiste. C’est au début des années 60 que, sous l’impulsion d’Adrien Gauttier, dit Soltero, un petit débarras est aménagé, permettant aux toreros de prier, ou tout simplement de se recueillir avant d’affronter les fauves. A cette époque, les ornements et les accessoires sont rares. Un discret prie-dieu est généreusement donné par la paroisse. Le sacristain Gauttier veille, cependant, à ce que la chapelle reste accueillante et fleurie.

Toutefois, il faudra attendre les années 70 pour voir la construction d’une salle digne du nom de Chapelle. La mairie, pourtant dirigée par un parti farouchement anti clérical, décide d’octroyer des fonds à la création d’un endroit grandiose, mais toujours émouvant, consacré à la prière du torero. C’est dans cette deuxième chapelle qu’un autel est aménagé et qu’une vierge française, dite de Lourdes, est déposée. Deux épais rideaux de velours rouge viennent renforcer l’aspect solennel de l’atmosphère et réchauffer, un peu, le lieu refroidi par la présence des pierres nues du monument, habitat surprenant d’une variété unique de bête à corne.

Enfin, le dernier acte, de cette pièce en trois parties, se joue dans les années 80, sous l’impulsion de la municipalité Cacharel. Dans un élan de modernisme, teinté d’un zeste de mégalomanie, le premier magistrat de la ville décide de mettre l’amphithéâtre « sous cloche ». Dans la foulée, il est imaginé, très justement, d’installer, au cœur même de ce vieux chaudron urbain, toute l’administration des arènes. C’est tout naturellement qu’une place est faite au lieu de culte et de prière des toreros. Si sa dimension est sensiblement réduite, son aspect mystérieux, voire mythique, est cependant préservé grâce au travail minutieux de l’aumônier des arènes, M Archet et de son adjoint M. Teissier. Telle une étape dans le labyrinthe du minotaure, la chapelle devient un rendez-vous indissociable de l’épopée du Thésée en habit de Lumière.

C’est dans un cérémonial millimétré et inchangé depuis la fin des années 80, que cette chapelle s’offre au torero venu de la très catholique Espagne ou, de plus en plus, de France, fille aînée de l’Eglise et mère du concept de Laïcité. Quelques jours avant la féria, les deux aumôniers aménagent ce théâtre éphémère et fleuri, comme pour perpétuer la tradition initiée par Adrien Gauttier. La salle d’accueil sert d’antichambre. Pas tout à fait religieuse, cette pièce permet de préparer le torero à l’entrée dans le sanctuaire. C’est à cet endroit que sont disposées les photos des toreros du cartel du jour et qu’est proposé le livre d’or des arènes. Plus loin, le saint des saints est consacré uniquement aux toreros et éventuellement à son confesseur, en l’occurrence l’aumônier de permanence. Sur quelques centimètres carrés, sont réunis les éléments nécessaires à la prière. Outre le prie-dieu, précédemment cité, l’autel est orné de la vierge Notre Dame de Rochefort, chère à Nimeno II. Une croix de Camargue est accrochée au mur. A l’opposé, une autre vierge, espagnole celle-ci, décore la chapelle. Cette Macarena, sorte de déesse protectrice des toreros, est l’œuvre de l’artiste nîmois Formica, qui, dans un élan de générosité l’a offerte à la chapelle. Le tout est agrémenté d’un vitrail laissant légèrement passer la lumière et représentant une vierge jaunie par le soleil couchant. La pièce, œuvre de l’artiste Anne Courbaud, n’est pas l’original. Une nuit de 1996, ce vitrail fut détruit par une bombe posée, à quelques pas, par des enragés venus de Corse. Il faut imaginer l’ensemble parsemé de fleurs et de cierges allumés.

Dans cette ambiance, le matador peut vénérer, prier ou tout simplement penser au combat incertain, ou la vie est en jeu. A quelques minutes d’un affrontement païen, héritier des jeux du cirque de la Rome antique, le gladiateur s’offre un moment de répit religieux. Ici, le réveil de la foi, permet de vaincre les monstres.

vendredi 22 mai 2009

Féria de Pentecôte 2009


Nîmes a encore une fois mis l’accent sur une temporada de grande qualité, annonçant une féria de Pentecôte exceptionnelle.

Avec 10 corridas, la venue des plus grands maestros du moment et la présence d’élevages de renom, la place de Nîmes conforte son titre incontesté de première piste de France.

Dans un mélange de classicisme et de modernisme, le directeur des Arènes, Simon Casas, a programmé cette année, des événements en cascade.

Les Miuras en ouverture, face, entre autre, à Juan Bautista, semble être le symbole de cette féria 2009. D’autre temps forts vont se succéder sur le sable des arènes: la Novillada de la Cape d’Or, le mano à mano Castella-Perera, la présentation des taureaux de Robert Margé et la présence de figures du moment tel qu’Enrique Ponce, El Juli, Juan José Padilla, sans parler de la venue, tant attendu, de José Tomas.

La féria de Pentecôte c’est aussi des expositions autour de la tauromachie comme celle installée au Musée des Cultures Taurines, consacrée à l’habit de lumières, c’est un hommage rendu à l’artiste Michel Gilles, qui a signé l’affiche de cette année, c’est, bien sur la fête, qui va animer les rues de la ville au rythme des fanfares.

Vous le voyez, cette année encore Nîmes va faire vibrer les aficionados.