mercredi 1 septembre 2010

de l'importance du bovin d'Afrique noire....


La tauromachie mène à tout, même à l’ethnographie. Surprise. Le musée des Cultures Taurines a décidé de nous étonner et d’en choquer certains, en choisissant le thème de la nouvelle exposition qui a démarrée le 13 mai dernier. Il faut dire que lier tauromachie et arts africains est un peu osé, voire abracadabrantesque. Ce serait trop vite oublier que le fait taurin, à travers les âges et les continents a toujours eu un caractère sacré. L’Afrique noire a bel et bien sa propre mythologie faite de sang et de cornes. L’Homme africain, a, parallèlement, ses propres jeux rituels taurins.

L’exemple de la « zébumachie » est intéressant. Cet affrontement à main nue entre un lutteur et un zébu, dans une arène de bois, n’a ni vainqueur, ni vaincu. Cette tradition malgache a pour but de faire ressortir la bestialité des hommes, alors que la bête est humanisée, créant ainsi une certaine fraternité spirituelle entre les deux adversaires éphémères. C’est cette démarche zoomorphique qu’inconsciemment les aficionados recherchent dans la tauromachie espagnole.

Plus généralement, cette exposition prouve que le culte du taureau est un fil rouge ethnologique, présent dans un grand nombre de civilisations, sous des formes les plus variées. Gigantesques à Babylone, déifiés à Athènes, « buffalo-billisés » aux Etats-Unis d’Amérique, les taureaux sacrés d’Afrique sont toujours représentés dans des formes les plus épurées, les plus stylisées. On peut alors imaginer pourquoi, Pablo Picasso et les grands noms du mouvement cubiste s’en sont largement inspirés dans leurs toiles et leurs sculptures. Ce sont d’ailleurs ces mêmes artistes qui ont utilisé l’imaginaire de la tauromachie pour créer.

Je me souviens qu’un ancien président de la République s’était battu pour populariser ces arts, dits premiers, et les faire entrer, avec leur fabuleux cortège de masques, de statues, de trophées et d’ossements, au Musée du Louvre, puis au Musée du Quai Branly. C’est donc un hommage indirect à tous ceux, depuis Claude Levi Strauss, qui ont souhaité révéler au monde entier l’importance et la pertinence de ces arts.

Ainsi, avec cette exposition, le Conservateur du Musée des Cultures taurines, qui suit, en parallèle, les destinées du Musée du Vieux Nîmes a su assouvir notre soif de curiosité et donc épanouir notre esprit de tolérance, cher au grand Voltaire. Une valeur souvent absente du système de pensée des opposants à la tauromachie.

Je sais que certains puristes ont fulminé en voyant travesti leur sanctuaire taurin de colifichets africains. Ceux-là même qui se réjouissent que la tauromachie s’exporte enfin en Asie, à Dubaï……..Cette exposition ne devrait pourtant pas faire pschitt. Vous avez jusqu’au dimanche 31 octobre 2010 pour l’admirer.

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